Par Jean-Batiste BRICE
Petite histoire… J'ai dix ans et c'est le grand jour : pour la première fois mon père m'emmenait avec lui à la chasse !!! Mon père et mon oncle Michel sont dans la cuisine, silencieux, devant un café. Ma mère me fait les dernières recommandations et mon père concentré me dit de monter en voiture. Durant le trajet, je ne parle pas trop car je ne veux pas les déranger mais dans ma tête, je m'imagine déjà tout ce que je vais vivre… Nous sommes sur le territoire et nous nous équipons… Je suis impatient mais mon père et mon oncle semblent l'être encore plus que moi. Pourquoi donc ? Soudain, leur regard semblent se figer vers le début du sentier et un sourire d'impatience apparaît sur leurs visages. Je me tourne et dans un nuage de poussière, j'aperçois la voiture de Jean-Marc. C'est un ami de mon père. Je ne savais pas qu'il serait de la partie. Cela explique le gros panier que nous a préparé Maman. Notre ami gare sa voiture. Il en sort avec le bonheur dans les yeux et sur les lèvres. Tous trois semblent heureux de se voir et de se retrouver. Est-ce seulement la présence de cet ami qui rendait mes deux tuteurs si impatients ?… Je comprends très vite que non quand Jean-Marc ouvre le coffre de sa voiture. Voilà CHAMPION !!! C'est le chien de Jean-Marc qui nous explique plein de choses que je ne comprends pas mais qui semblent captiver mon oncle et Papa. Comme quoi le chien se sort jamais sans papier, que parfois le chien est invité dans de grandes foires à la ville, qu'il fait des championnats, etc… Puis mon père se met à genoux, me regarde et me dit : « Parce que tu venais avec moi, j'ai demandé à Jean-Marc de venir avec son chien. Observe bien Champion mon fils et tu verras comment la chasse est belle !!! ». Nous voilà donc partis sur le territoire. Champion est en laisse mais son regard est fixé vers l'horizon. On dirait qu'il parle à la plaine… Puis Jean-Marc, qui n'a pas de fusil, se tourne vers moi et me dit : « Tu veux le prendre en laisse ? » J'hésite un peu car ce n'est pas mon chien et sans mentir, le chien est aussi grand que moi ! Jean-Marc me tend la laisse, je la prends, Champion m'observe quelques secondes et se remet à observer la plaine. C'est étrange mais j'ai l'impression qu'il m'a sourit. D'avoir le chien au bout de la laisse me rend fier et joyeux. Tout le monde regarde Champion et me regarde par la même occasion. Papa en profite même pour prendre une photo de moi avec le chien à côté d'un grand platane. Jean-Marc dit au chien de s'asseoir et sans même hésiter, Champion pose ses fesses sur le sol. Je n'en reviens pas et je crois que ça doit se voir sur la photo ! Nous marchons encore un peu et nous arrivons dans la zone de chasse de mon père. Il m'a raconté hier soir que d'après ses observations, il devrait y avoir beaucoup de faisans cette année. Le vent me caresse les deux oreilles et Jean-Marc me demande alors de retirer la laisse de Champion. A ma grande surprise, le chien reste immobile. « Allez Champion !!! » dit Jean-Marc. Le chien démarre et se met à galoper comme un lièvre dans la plaine. A un moment, il était si loin de nous que j'ai cru qu'il se sauvait mais un petit coup de sifflet lui fit faire demi-tour. Voilà bien trente minutes que nous sommes partis. Comme papa me l'a dit j'observe Champion et c'est incroyable de le voir courir si vite sans se fatiguer : il porte bien son nom ! Je regarde mon père et mon oncle et je me dis qu'ils ne sont pas si grands que cela. Ils semblent encore plus admiratifs que moi devant l'animal et on dirait moi quand j'ouvre mes cadeaux à Noël !!! Soudain, je trébuche sur une pierre et je me retrouve les quatre fers en l'air. C'est à cet instant que j'entends Jean-Marc dire à ses amis : « ARRET !!! ». Je me mets sur les genoux et je vois Champion loin sur notre gauche complètement immobile comme dans les films, comme si le temps s'était arrêté ! Tous trois se dirige vivement et discrètement à la fois vers le chien. Jean-Marc s'approche de son Champion. Papa se place à gauche et tonton Michel à droite. Ils mettent des cartouches dans leurs fusils et préparent à tirer. Je ne comprends rien à ce qui se passe devant moi. Puis… « coucou-coucou-coucou-coucou ». Trois grands oiseaux décollent devant Champion. Ce sont des faisans !!! Le vent ne les ralentit pas et après quelques secondes un grand fracas écalet dans la plaine : « PAN ! ». Un faisan, le seul mâle des trois, s'écroule dans les hautes herbes et deux femelles s'envolent au loin. Papa et Michel rejoignent Jean-Marc qui m'appelle. Je me relève vite fait et je cours vers eux. Jean-Marc me dit alors : - Regarde petit ! Tu as vu Champion ? Il a trouvé les faisans pour nous et ton oncle a tiré le coq ! - Ben oui mais il est perdu ! - Oh non ! Champion et toi allez le retrouver ! Dis-lui « Prends » et il va te le rapporter ! Je le dis aussi fort que je peux et j'avance avec Champion qui se remet à courir comme un fou ! Soudain, je le vois relever la tête et tenir le faisan dans sa gueule ! Je me retourne pour crier ma joie à tout le monde et au moment où je revois Champion, il est assis devant moi avec le faisan dans sa bouche. - Dis-lui « Donne » petit et tu verras qu'il va te le donner ! - Donne Champion ! Et voilà comment je me retrouve avec un chien à côté de moi et un faisan dans la main !!! Mon père avait déjà sorti son appareil photo et il me surprend avec un grand sourire aux lèvres ! Parce que nous aimons la chasse, parce que nous avons toutes et tous envie que nos enfants vivent de grands moments comme celui-là, parce que nous sommes toutes et tous de grands enfants devant nos chiens, parce que nous sommes admiratifs devant leurs qualités, parce que nous les considérons comme plus que comme un simple outil, nous nous sommes impliqués dans la cynophilie et/ou dans la chasse, de près ou de loin, avec nos moyens, pour défendre nos chiens, tous nos chiens qu'elle que soit leur race, pour défendre la chasse au chien d'arrêt. C'est cet amour des chiens de chasse qui nous permettra de vivre encore longtemps des histoires comme celle-ci avec nos enfants.
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